finances

5 – Le plafond de verre

5 – Combien de fois ai-je entendu « votre entreprise est trop petite pour répondre à cette commande ou cet appel d’offres, ou pour mener à bien cette prestation » ?

Certes, nous ne sommes pas assez nombreux pour assurer tous les chantiers du Grand Paris, ou la réorganisation du système d’information du CHU de Rennes, par exemple.

Évidemment, nous ne pouvons pas livrer 2 000 tonnes de légumes par jour pour cette chaine de supermarchés, car nous n’avons pas la trésorerie pour acheter la marchandise.

Pourtant, nous sommes compétents, voire hyper compétents pour répondre aux sollicitations d’un grand groupe, d’un grand compte, d’une métropole.

Pourtant, nous sommes réactifs, notre relation client ne se cache pas derrière un standard et de multiples renvois dans la hiérarchie de ce groupe international.

Combien de fois, l’argument de la petite taille m’a été opposé, vous a été objecté, pour décliner nos offres avec une condescendance quasi aristocratique.

Notre gouvernement déplore régulièrement que les TPE représentent plus de 90% des entreprises en France et qu’elles ne grandissent pas suffisamment pour évoluer vers le groupe des PME (Petites et Moyennes Entreprises), ou des ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire). Pourtant, les TPE représentent 20% de la valeur ajoutée générée en France, et emploient environ 20% des effectifs salariés.

Alors que se passe-t-il ?

Les acheteurs publiques et privés rechignent littéralement à confier des marchés à des TPE pour plusieurs motifs.

Premièrement, les acheteurs pensent que votre entreprise n’est pas armée pour répondre à leurs demandes, en raison de votre faible effectif, ou de votre faible surface financière (ce qui peut être vrai !). L’acheteur a besoin que vous vous consacriez tout de suite, à 100%, à son projet.

Deuxièmement, les acheteurs pensent que votre entreprise n’a pas le standing correspondant à leur propre standing, préférant des prestataires ou fournisseurs plus prestigieux (et plus chers).

Troisièmement, le ou la nouvelle chargé-e de communication, l’adjoint en charges des travaux, de cette collectivité, pense qu’il serait temps de changer de prestataire ; le prestataire local ne fait plus le poids, depuis l’temps. Ces mêmes personnes, agents ou élus choisissent ce prestataire hors de leur territoire, pour ne pas être accusé de clientélisme.

Concrètement, comment se traduit ces objections. Un acheteur public va préférer traiter avec un prestataire de la capitale, ou d’une région plus en vue, sabrant au passage 10 ans de collaboration passée, malgré la clause sur le développement durable. Oui le nouveau prestataire est situé à 1 200 km.

Ou bien un ou une DRH envoie à la capitale ses salariés en formation, parce ce que c’est plus chic, ça permet de faire quelques emplettes ou de voir quelques spectacles, … bien qu’un centre de formation existe à 5 km.

L’Observatoire Économique de la Commande publique, l’OECP, (oui, il existe un observatoire pour ça), nous indique que 61% de la commande publique va aux PME (dont des TPE pour lesquelles on ne sait pas combien leur revient), mais seulement pour 35% du montant total de la commande publique. Alors pour les TPE, on sait encore moins.

Une autre étude du MEDEF de 2014, démontre que seulement 16% des achats nationaux des grandes entreprises vont aux PME, alors aux TPE, mystère …

Un autre facteur est à considérer. Plus la TPE vieillit, plus elle s’inscrit dans le paysage local, moins elle a de chance de grandir. D’aucun considère, que désormais, puisqu’elle la TPE est restée à ce stade d’effectif, elle n’a pas besoin de se développer.

C’est le stade ultime du plafond de verre.

Bien sûr certains dirigeants ne souhaitent pas se développer, ou rester travailler seul, pour toutes les raisons qui les regardent, mais pour tous les dirigeants de TPE qui veulent développer leur entreprise et contribuer à la redistribution des petites entreprises vers les PME, puis les ETI, par pitié, veuillez laisser vos objections non avenues et non constructives sur le parking de vos grandes entreprises ou collectivités.

Pour briser ce plafond de verre, et contribuer au développement économique de nos régions et de notre pays, il suffirait que beaucoup d’aprioris soient laissés de coté, pour tendre la main, le chéquier, à des TPE ultra compétentes et motivées. Et en plus, elles pourraient recruter pour répondre aux demandes des grands acheteurs, publics ou privés.

Ah une dernière chose … Merci à des ceux des acheteurs des grandes entreprises et des collectivités qui nous font confiance sans s’arrêter à la taille de nos entreprises. Continuez !

https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303564?sommaire=3353488#graphique-T18F153G1

https://fr.wikipedia.org/wiki/Petite_ou_moyenne_entreprise#cite_note-6

https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/daj/marches_publics/oecp/recensement/chiffres-OECP-cp-2018.pdf

https://www.e-attestations.com/index.php/component/content/article/41-conformite-commande-publique/82-commande-publique-reglementation-microentreprises-sarl-sasu?Itemid=274

Joyeuse Culture de NoËl

Joyeuse culture de Noël

7 – Comme tout le monde, les entrepreneurs de TPE, fêtent les fins d’année, en famille, entre amis, ou peut-être seuls.

La seule différence, de taille, est que certain-e-s sont mobilisées totalement pour offrir leurs meilleurs produits ou services en cette période si particulière. Je veux parler des commerçants ou des artisans qui peuvent faire jusqu’à 30% (voire au delà) de leur chiffre d’affaires annuel pendant cette période. C’est vrai aussi pour certains agriculteurs, ou pêcheurs, ou mareyeurs qui nous régalent de leurs produits.

Je n’oublie ceux ou celles qui sont empêchés de travailler ou d’exercer leur métier ou activité en raison des mesures sanitaires liées au COVID. Ceux qui habituellement, chaque année nous permettent de nous retrouver pour des moments conviviaux et festifs, dans leur café, bar, bistrot, restaurant, discothèque … Vous manquez cruellement à nos papilles et autres sens. Tenez bon !

Je n’oublie non plus, pas nos collègues des entreprises de la culture, beaucoup d’auto-entrepreneurs, intermittents du spectacle, petites entreprises des métiers d’arts et du spectacle, bannis des lieux de spectacle, des salles de concert, des cinémas, des théâtres et autre lieux de culture si actifs en cette période de Noël et de premier de l’An. Combien de temps allons-nous vivre sans eux, sans culture, sans nourriture de l’esprit et des sens, aussi essentiel pour notre équilibre que l’alimentation et la santé ! Continuez à créer, on pense à vous et on vous retrouve bientôt !

Beaucoup d’entre nous profitent de cette période pour prendre du repos, quelques jours de vacances, ou, c’est souvent le cas, profitent des vacances de leurs salariés pour avancer sur les projets qu’ils ou elles n’ont pas pu finaliser, finir la comptabilité laissée en souffrance, établir ses plans d’action ou sa stratégie pour la prochaine année. Et je sais que vous êtes nombreux à procéder de la sorte. Bon courage !

À tous les dirigeantes et dirigeants de TPE, je vous souhaite un joyeux Noël et une bonne année 2021. N’oubliez pas que vous êtes un des poumons de l’économie de ce pays, et que vos activités si riches et si variées contribuent à la culture d’entreprise dans nos régions.

adminisration et élus

4 – Les charges sociales

4 – Il est courant d’entendre un chef d’entreprise s’emporter contre « ces charges sociales » jugées : inutiles, onéreuses, plombantes …. À quoi servent-elles ? Juste à embêter le petit patron !

Évidemment la réalité est plus complexe !

Nous avons tous appris, en raison de notre modèle social, à fixer nos prix de ventes en fonction de notre coût de revient, qui lui même inclus les « charges sociales ». En gros, nos ventes, que ce soit des services ou des produits, doivent couvrir les achats, les charges fixes, les salaires et les charges sociales, … entre autres. Elles doivent également générer un bénéfice, mais c’est un autre sujet.

Vous savez tous que ces « charges sociales », sont bien évidemment des « cotisations sociales » sensées financer notre protection sociale, nos dépenses de santé et nos retraites, comme me le rappelait encore récemment une responsable des URSSAFF.

Il s’agit bien d’une sorte de salaire différé et d’une mutualisation des moyens de protection sociale pour que tout le monde, dirigeants et salariés puissent bénéficier des meilleurs services et protection.

Le sujet n’est pas d’argumenter sur l’efficacité du système mais de regarder en quoi ces cotisations sont perçues comme des charges par les dirigeants de TPE.

En effet, qui n’a pas été révolté par le caractère obligatoire, péremptoire voire coercitif de certains courriers de nos URSSAFF, RSI ou caisses de retraite, particulièrement lorsque son activité bat de l’aile.

Comment reprocher à un dirigeant d’entreprise de privilégier le versement des salaires ou le financement des outils de production, plutôt que de payer des cotisations sociales, surtout quand vous savez qu’à la fin du mois vous ne pourrez pas honorer toutes vos traites.

Bien sûr, le système de protection sociale ne peut reposer que sur le caractère obligatoire de ces cotisations, sinon il volerait en éclat à la moindre crise. Mais ne pourrait-on pas privilégier le court terme, pour une fois, et on est bien un cas de force majeure en cas de cessation de paiement ou de difficultés graves, afin de préserver la trésorerie des petites entreprises et leur permettre de continuer et de surmonter une mauvaise passe.

Qu’on ne me dise pas que c’est impossible, puisque la crise sanitaire du COVID-19 prouve exactement le contraire. En effet, notre gouvernement a bien décidé et mis en place un report du versement de ces cotisations à des jours meilleurs, afin de préserver les entreprises et les savoir-faire existants. Donc c’est possible !

Pour autant, les organismes de recouvrement des cotisations sociales, vous diront qu’il existe des dispositifs en cas de difficultés, des transactions possibles, des procédures ad-hoc, de sauvegarde, etc … La réalité, c’est quand une entreprise en arrive à envisager le redressement judiciaire ou a se poser la question de sa survie, il est déjà presque trop tard.

J’ai malheureusement vécu personnellement des moments assez tendus avec certains organismes de recouvrement de cotisations sociales, avec des fins de non-recevoir peu amènes, et surtout peu enclins à comprendre des situations un peu désespérées. Combien d’entre nous, dirigeants de TPE, avons été obligés de réduire nos rémunérations pour payer les cotisations sociales en fin de mois, sans que personne ne s’inquiète des conséquences financières et psychologiques de ces décisions ? Démerdez vous, vous devez payer !

Une autre aberration du système français, c’est l’obligation de payer un montant forfaitaire minimum annuel de cotisations sociales lors de la création d’entreprise (environ 1 200 €) pour les indépendants. Pour résumé, ce montant forfaitaire consiste à payer pour pouvoir travailler, sauf en cas de report des cotisations sociales, c’est à dire en cas d’obtention de l’ACCRE, du statut JEI, etc. Au démarrage d’une entreprise, même si vous êtes en cours de levée de fonds, vous n’avez pas forcément les moyens d’honorer ces charges, alors même que vous n’avez pas commencé à faire du Chiffre d’Affaires. Si vous êtes commerçant ou artisan, il y a de fortes chance que vous génériez du chiffre d’affaires dès le démarrage, mais pas suffisamment. Si vous êtes créateur d’une start-up ou d’un cabinet de consultant ou une profession libérale, générer du chiffre d’affaires peut prendre du temps, voire beaucoup de temps, pendant lequel vous empruntez de l’argent pour pouvoir payer vos cotisations sociales ou celles des salariés s’il y en a … Incroyable non ?

Ma suggestion serait de pouvoir moduler ces cotisations sociales en fonction du Chiffres d’Affaires mensuel comme nous le faisons pour la TVA.

Certes le budget de l’état ou des caisses de recouvrement aurait une certaine variabilité, mais ce dispositif permettrait à nombre de dirigeants de TPE de se rémunérer correctement (sauf s’il n’y a du tout de chiffre d’affaires) au lieu de se concentrer sur les échéances mensuelles de paiements de cotisations. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le coût des faillites d’entreprises (coût financier 200 000 € par défaillance selon une étude de 2012 et social).

Ne pensez pas que je sois contre notre modèle social, dont je bénéfice largement mais une adaptation de ce modèle, ne me semble pas complétement utopique si la priorité est à la création de richesses par les entreprises et à la redistribution de ces richesses à l’ensemble de la société de la manière la plus efficace possible.

https://lentreprise.lexpress.fr/le-cout-des-defaillances-d-entreprises-augmente-en-france-etude_1528640.html

Interview

Interview RCF du 21.12.20

Retrouvez mon interview par Christophe Pluchon sur RCF
maviedepatron.fr, c’est le nom du blog lancé par Guy Mordret, à la tête de la société de logiciels et de communication Anaximandre à Landerneau. La crise sanitaire n’a pas amélioré le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui doivent régulièrement relever la tête. C’est un magazine de Christophe Pluchon.
Photo RCF
manager une tpe

La charge mentale

3 – Il est courant de parler de la charge mentale des femmes obligées de cumuler leur emploi, la gestion des courses, l’organisation familiale, les activités des enfants, leur situation maritale ou sentimentale … et que dire, quand en plus, elles sont cheffes d’entreprise ! ….

Justement, le concept s’applique parfaitement aux dirigeants de TPE.

En effet, comme les dirigeants de TPE cumulent plusieurs métiers, activités et compétences toute la journée, la notion de charge mentale prend toute sa place. Voyez plutôt !

Vous arrivez tôt le matin, pour être tranquille, trier la tonne de mails arrivés avec son lot de bonnes nouvelles, (et de mauvaises), préparer le planning de vos équipes, vérifier les commandes, préparer les commandes … Et un SMS, d’un de vos salariés beep sur votre portable «  Désolé, j’ai un gros rhume » «  j’ai le dos en vrac » , « je ne serai pas là ce matin … »  Argg ….

Vite, réorganiser le chantier, reporter la réunion avec tout le staff, décaler les dates de livraison …

Ah, justement, votre client appelle « Quand est ce que nous livrez notre site internet, le bouquet de fleurs, notre porte de garage, nos fenêtres??? ». Quand passez vous réparer la gouttière, la machine à laver, le …. Alors écoutez comment dire, nous avons un petit empêchement qui fera que l’on aura un peu de retard … Merci de votre compréhension (ou pas !).

Le facteur, viens d’arriver. Ah un recommandé ! Je ne sais pas vous, mais un recommandé, c’est souvent annonciateur de mauvaises nouvelles, j’ai en déjà les jambes qui flageolent. Ah, Un rappel de l’URSSAF, de la Caisse de Retraite, du RSI, mais pourtant j’ai envoyé ma déclaration de revenus. J’appelle mon comptable !

Réunion avec le ou la commerciale. Tu n’as pas atteint tes objectifs ? Tu ne sais pas où chercher de nouveaux clients ? Écoute, ne déprime pas, on va prospecter sur de nouveaux segments de marchés, améliorer notre offre, … Ah bon l’équipe de production ne va pas assez vite et le client n’est pas content.

Réunion avec l’équipe de production. Comment ça, vous ne pouvez pas avancer ? Quoi, le fournisseur n’a pas livré les pièces à temps, vous attendiez la validation du client ? Il y des procédures pourtant … J’appelle le fournisseur. Je dois anticiper pour les prochains mois, sinon mes stocks auront fondu et je pourrais plus honorer mes commandes.

Bientôt midi, je vais pouvoir souffler … « Guy, on pourrait parler 2 min ? » OK, oui, ferme la porte « Je trouve que j’ai bien travaillé ces temps ci, est ce qu’il serait possible d’avoir une augmentation ? » Écoute, il faut que j’y réfléchisse … on en reparle la semaine prochaine. Fais moi une proposition … Bon si j’augmente son salaire, ma trésorerie va en prendre encore un coup, bon cet aprem je me fais un petit prévisionnel de trésorerie.

SMS d’un salarié : « Mon fils est malade, je suis obligé de rester le garder ». OK, bon il faudra que j’avance ses dossiers, est ce que j’ai accès à la sauvegarde ?

Pas le temps de déjeuner, je réchauffe un truc au micro ondes. Je pourrai faire mon courrier en même temps.

Le téléphone sonne « Ah bonjour cher client ! Une remise de 20% ? C’est pas compliqué à faire ? …ben si quand même. « On se connaît depuis longtemps, non ? » Oui mais … je vais voir ce que je peux faire.

 

Cet après midi, je dois envoyer plusieurs propositions à des prospects, ou préparer les commandes à expédier, ou ré-achalander la boutique.

J’ai cet appel d’offres à terminer, j’en ai pour 3 heures au moins …

Ouf, tout le monde est parti, je vais pouvoir faire la compta de la semaine au calme. J’ai plein de factures en retard ah et puis, c’est la fin du mois il faut que je verse les salaires. Est ce que j’ai envoyé les données au comptable ? Ma déclaration de TVA, est ce qu’elle a été faite ? Il y a une erreur dans la facture de l’opérateur téléphonique …Il va falloir que je m’en occupe dès lundi matin.

Le téléphone sonne « Ah cher client ! Une remise de 25%, ah … ça tombe bien je suis dans la compta. Au revoir …

Fin d’après midi : « J’ai un surcroit de travail, je vais devoir recruter … .Pff, j’ai en au moins pour 3 mois pour le processus de recrutement (envoi de l’annonce, tri des CV et candidatures, auditions, tests, re-audition, embauche et demande des aides éventuelles …) Est ce que j’ai assez de trésorerie ? Est ce que je peux augmenter mon chiffre d’affaires ?
Comment sera le marché dans 3 mois ? Je n’ai pas de visibilité … et puis cette avec cette pandémie …

Bon avec tout ça, il est 20h00, je rentre …

« Chéri, t’as pensé au pain ? » Et m…

La nuit, je tourne et retourne dans mon lit. J’ai la boule au ventre. Je ne sais pas comment je vais payer les salaires et les cotisations à la fin du mois. Et puis, il y a la CFE qui va tomber, la formation professionnelle, la taxe d’apprentissage … les emprunts.

6h00 du mat ! Belle journée, j’suis motivé. On va s’en sortir.

Vous l’aurez compris, être dirigeant de TPE c’est accepter de voir ses émotions faire des montagnes russes, endosser les attentes, les absences, les craintes des salariés, des clients, de son entourage, … tous les jours.

Et pourtant, nous avançons chaque jour personnellement et dans le développement de nos entreprises. Le saviez vous ?