T’as qui comme stagiaire ?

13 – Ne me dites pas que vous n’êtes pas sollicités en permanence par des demandes de stages au téléphone ou par mail ! Elles émanent le plus souvent de nos jeunes, mais pas toujours, dont les cursus scolaires ou universitaires imposent cette séquence en entreprise.

Et c’est tant mieux ! Rien de telle qu’une immersion en entreprise pour se rendre compte de la réalité du travail en entreprise, expérimenter en vrai le métier souhaité, rêvé ou espéré, tester plusieurs métiers ou activités, côtoyer des professionnels, échanger avec des dirigeants, …

Quoi de plus enrichissant qu’un stage en entreprise pour découvrir ou confirmer une vocation, une idée de métier voire effectuer une reconversion.

Pour les jeunes, le stage en entreprise devrait être un formidable tremplin pour leur avenir. L’alternance qui est un stage de longue durée, formalisé et bien encadré devrait être systématiquement proposé dans un cursus technique, universitaire ou dans les grandes écoles.

Pourtant, nous avons un souci, nous, Très Petites Entreprises avec les stages, pas avec les stagiaires bien sûr. En effet, en général nous ne rechignons pas à contribuer à la formation de futurs professionnels, ni même à faire découvrir nos métiers à de jeunes collégiens ou lycéens. Non, les problèmes sont de plusieurs ordres :

  • d’abord, en raison de la taille de nos entreprises, il est souvent délicat et difficile d’accueillir un ou deux stagiaires. Le manque de place, de bureaux, d’outils, est limitant. Le manque de disponibilité de l’équipe (quelques salariés souvenez vous …) rend l’accueil de stagiaires compliqué. D’ailleurs certains collaborateurs n’hésitent pas à vous rappeler le peu de temps dont ils disposent pour former des stagiaires alors qu’ils doivent par ailleurs être productifs pour l’entreprise.
  • ensuite, le manque de considération de l’effort effectué par les entreprises dans la prise en charge de stagiaires par l’État. En effet, il fut un temps où la taxe d’apprentissage permettait généreusement de dégrever 14€ par stagiaire à condition que son établissement soit habilité à recevoir la taxe d’apprentissage. Au passage, il faut télécharger un fichier de plusieurs milliers d’établissements, et trouver celui concerné pour bénéficier de cet abattement. Aujourd’hui, ces frais de stage sont plafonnés à 3% de la taxe brute, soit pas grand-chose et autant dire que nous formons des jeunes ou moins jeunes, bénévolement.
  • enfin, la sur-sollicitation de nos entreprises à cause des derniers points évoqués. Et je ne parle pas des demandes d’alternance dont nous aurions le plus grand besoin, mais que nous ne pouvons pas honorer pour les mêmes raisons de faibles ressources humaines et matérielles dans nos entreprises. Et parce que ces contrats d’alternance sont en réalité des CDD ou des CDI, rémunérés en fonction de l’âge, certes à des salaires modérés, mais toujours trop élevés pour des TPEs en manque de visibilité et pour des jeunes présents entre 65 et 75% du temps en entreprise.

N’est-il pas paradoxal pour ne pas dire choquant de se priver de l’appoint de ces jeunes recrues, que nous acceptons volontiers de former, ou d’encadrer mais pas gratuitement ou dans des conditions acceptables ?

Là encore, la crise sanitaire a prouvé que l’État pouvait prendre en charge une grande partie de l’alternance des jeunes en entreprise et permettre le recrutement de stagiaires ou d’alternants.

Je rappelle qu’il existe plus de 3 millions de TPE, hors auto-entreprises, qui ont la capacité de prendre en charge, nombre de stagiaires et d’alternants, et donc de contribuer à leur formation et à leurs choix futurs. Pourquoi s’en priver ?

Il ne s’agit pas non plus de recruter des salariés à bas coûts et profiter de l’aubaine du statut de stagiaire, mais de participer conjointement avec les professionnels de la formation initiale, professionnelle ou continue à la formation de futurs professionnels, tout en reconnaissant l’effort important consenti par les TPEs pour accueillir de futurs collaborateurs.

L’accueil de stagiaires devrait se focaliser plus sur le suivi et les acquis pendant le stage que sur la gratification et la rémunération du stagiaire, du moins en TPE. Il n’est pas question non plus de laisser un stagiaire sans ressources et sans revenus pour le travail effectué. Mais, il ne faut jamais oublier qu’un stagiaire ne peut être en pleine capacité de production puisque par définition, il est en formation et donc moins opérationnel.

La rémunération des alternants devrait être fonction de la taille de l’entreprise et non de l’âge de l’alternant. La rémunération pourrait être fonction du temps passé en entreprise, puisqu’un stagiaire devient par définition de plus en plus opérationnel.

Enfin, que dire des jeunes qui galèrent tous les jours pour trouver un stage ? Combien de parents nous appellent pour dégoter un stage dans une entreprise où travaille une connaissance ? Combien de CV sont relayés sur les réseaux sociaux pour décrocher le sésame du premier stage ? Et la situation ne s’arrange pas avec la crise sanitaire.

Si nous réunissions avec l’aide de l’État et des collectivités, les conditions nécessaires, nombre de TPE recruterait des alternants ou des stagiaires. Qu’attendons nous ?