19 – Le risque, c’est ma vie !

19 – À l’heure où la prise de risque est impensable pour les politiques, insurmontable pour les agences gouvernementales, inenvisageable dans le domaine de la santé, le risque habite le quotidien des dirigeants de TPE.

Évidemment, je ne parle pas des risques majeurs, catastrophes naturelles ou autres accidents industriels, sans parler des risques sanitaires.

D’autre part, les principaux risques professionnels ont été identifiés par l’INRS et doivent être évalués et quantifiés dans votre document unique. Beaucoup de dirigeants de TPE oublient ce document obligatoire dans les entreprises.

Non, je veux parler des risques auxquels sont confrontés les chefs d’entreprises au quotidien, en raison principalement des normes, contraintes légales, ou lois encadrant les pratiques commerciales et économiques. En effet, en raison de la petite taille de nos entreprises, il n’est pas toujours facile de se conformer à telle ou telle disposition légale parce ce que les ressources humaines et financières de l’entreprise ne permettent pas de les mettre en place.

Un exemple qui touche toutes les TPE, vient de la comptabilité. Toutes les entreprises ont une obligation légale d’avoir et de tenir une comptabilité et c’est bien normal. Depuis le 1er janvier 2018, il est interdit d’utiliser des logiciels non conformes à la Loi anti- fraude à la TVA. Finis les bons vieux fichiers Excel facile à utiliser et à modifier notamment dans les TPE.

Cette loi implique d’installer et d’utiliser des logiciels payants (certains sont gratuits mais peu paramétrables) pour prouver de la bonne foi des factures émises par nos entreprises. Et ceci à un coût non négligeable qui vient s’ajouter à la somme des frais fixes nécessaires pour faire fonctionner une entreprise !

On nous dit également que les factures émises doivent comporter un certain de nombre de mentions légales (prix HT et TTC, frais en cas de retard, identité complète du client et du vendeur, …) sous peine de redressement à hauteur de 15 € par facture ! Imaginez le risque qui pèse sur les TPE qui commencent à exercer dans le domaine du commerce électronique, car les outils utilisés pour la vente en ligne, ne sont pas tous conformes aux contraintes légales françaises. Pourtant le gouvernement, les régions, les CCI et les Chambres des métiers, incitent les entreprises à passer au commerce en ligne.

La liste des contraintes légales pour chaque métier ou branche professionnelle pourraient être longues et fastidieuses et surtout spécifique à chaque secteur d’activité. Le point commun de toutes ces contraintes législatives, réglementaires ou fiscales est d’exercer une pression importante sur les entreprises pour qu’elles soient appliquées rapidement sans leur donner les moyens de les mettre en œuvre. Par exemple, dans les exploitations agricoles, nous souhaiterions que nos agriculteurs produisent sain et bio, mais sans les accompagner véritablement dans leur transition écologique. Or, on sait combien nos agriculteurs, petits exploitants, ne roulent pas sur l’or !

Il existe d’autres risques comme le risque prud’homal. Même si un barème est en place, et sauf si le licenciement est abusif, ou jugé comme tel, les indemnités de licenciement peuvent mettre gravement en danger une TPE. J’en connais un certain nombre qui ont été obligées d’emprunter pour pouvoir faire face à des montants d’indemnités trop élevées pour leur trésorerie. Soyons clair, en aucun cas je ne juge du bien-fondé des demandes des salariés concernés ou de la défense des employeurs. Néanmoins, ce risque existe bel et bien et des assurances sont prévues pour couvrir ce risque.

En réalité, le risque principal est bien le risque financier, que ce soit en raison des contraintes légales qui peuvent engendrer des injonctions de payer de la part des pouvoirs publics, ou à cause de la conjoncture économique ou des performances de l’entreprise qui mettent en péril les revenus du dirigeant.

Un dirigeant de TPE qui a investi beaucoup au capital de son entreprise peut tout perdre, et perdre son emploi sans possibilité d’allocation chômage. En cas de cessation de paiement, les principaux créanciers dont les banques feront tout pour démontrer la faute de gestion qui engagerait la responsabilité du dirigeant sur son patrimoine personnel. Je ne nie pas que certains abusent et détournent leurs entreprises à des fins frauduleuses ou personnelles, mais il y a quand même une forme d’injustice à ne pas reconnaître les risques pris par les dirigeants de TPE, tout en essayant de les pressuriser au moindre faux pas.

Il n’est pas normal d’entendre que, parce ce que nous sommes chefs d’entreprise, nous avons bien choisi d’être exposé à de tels risques, et que nous devons nous débrouiller seuls alors que par ailleurs, nous sommes majoritairement à jour de nos cotisations sociales et prélèvements obligatoires et que nous contribuons à la création de richesses.

Le dirigeant de TPE vis en permanence avec cette épée de Damoclès, ce qui ne l’empêche pas d’entreprendre et d’offrir des services ou des produits dont nous avons besoin tout en étant conforme aux normes ou obligations dont il relève.

La moindre des choses serait au moins la reconnaissance par l’ensemble de la société, des risques pris par les entrepreneurs de TPE.

Vivre, c’est prendre un risque ! Entreprendre, c’est prendre des risques !